Mon entreprise a 30 ans et l’IA m’oblige à redevenir entrepreneur.

Mon entreprise a 30 ans et l’IA m’oblige à redevenir entrepreneur.

Cet article sort un peu plus tard que d’habitude cette semaine.

Au départ, j’étais parti sur une autre idée : écrire sur la différence entre flexibilité et liberté dans le télétravail. C’est un sujet important, et j’y reviendrai sans doute. Mais parfois, un événement vient déplacer la réflexion.

En début de semaine, j’étais dans un showroom Tesla. Et je suis tombé nez à nez avec un robot. Pas une vidéo, pas une démonstration sur LinkedIn. Pas une projection futuriste dans une conférence technologique. Un robot, physiquement là, devant moi.

Ce moment m’a marqué plus que je ne l’aurais imaginé. Pourtant, je suis déjà plongé dans l’IA au quotidien. Dans mon entreprise, nous avons fait le choix d’être Remote & AI-first depuis deux ans. L’IA est déjà présente dans nos processus de travail, dans notre manière de produire, de documenter, de structurer et de réfléchir.

Mais voir ce robot en vrai a provoqué autre chose. Ce n’était plus seulement de l’IA dans un écran, dans un outil, dans une interface ou dans une conversation avec ChatGPT. C’était l’impression très concrète que cette technologie commence à s’incarner dans le monde physique, dans des objets, des services, des systèmes et des environnements réels.

Et je me suis dit une chose très simple : je dois encore accélérer la transformation de mon entreprise.

Ce moment m’a aussi rappelé une autre chose : ce mois-ci, cela fait 30 ans que j’ai créé mon entreprise.

Le jour où Internet m’a paru évident

Je me souviens encore de mes premières expériences avec Internet, avant même la création de mon entreprise.

En 1994, je travaillais dans une société qui développait des CD-ROM. Un jour, le patron me montre un email. Je découvre aussi les premières pages web, les hyperliens, les réseaux comme CompuServe ou AOL. Et là, quelque chose devient évident.

Un CD-ROM contenait des données figées. Une fois produit, il était déjà en partie dépassé. Internet, lui, permettait de mettre à jour l’information en temps réel. Pour moi, ce n’était pas simplement un nouveau support. C’était une nouvelle architecture de diffusion, de mise à jour et de circulation de l’information.

C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait aller vers Internet.

Quand j’ai lancé mon activité en 1996, Internet était encore un territoire émergent. Beaucoup d’entreprises observaient le web avec curiosité, parfois avec scepticisme. Pour certains, c’était une mode. Pour d’autres, une vitrine. Pour quelques-uns, déjà, le début d’une transformation profonde.

À l’époque, j’allais évangéliser de grandes entreprises, des banques, des groupes industriels, des acteurs institutionnels. J’entendais souvent les mêmes phrases : “Internet, c’est un gadget”, “la télévision restera le média principal”, “les gens n’achèteront jamais vraiment en ligne”.

Puis, progressivement, la question a changé. On ne demandait plus vraiment s’il fallait créer un site web. On demandait quand il fallait le faire.

Les premiers pas ont été difficiles. Le marché n’était pas encore prêt. Les budgets étaient faibles. Les usages étaient incertains. Mais quelque chose était en train de naître. Puis le web a gagné ses lettres de noblesse. Nous sommes entrés dans l’ère de la transformation digitale : celle des applications métier, des processus, des plateformes transactionnelles, des environnements complexes.

Nous avons alors vu la vraie puissance du digital. Non pas lorsqu’il se limite à créer une présence en ligne, mais lorsqu’il touche au cœur de l’entreprise : ses ventes, ses flux, ses outils, ses données, ses opérations.

Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, j’ai le sentiment que nous changeons encore de niveau.

Internet a transformé l’accès. L’IA transforme la production.

Internet a transformé notre manière d’accéder à l’information, aux services, aux marchés, aux clients et aux contenus.

L’intelligence artificielle touche une autre couche : celle de la production intellectuelle, dans de nombreux métiers, pas seulement dans l’informatique.

La question n’est donc pas seulement de savoir ce que devient une société de services informatiques. La question est plus large : que devient une entreprise lorsque l’IA commence à transformer sa manière de produire, de décider, de documenter, de transmettre et de créer de la valeur ?

C’est là que le sujet devient stratégique.

Beaucoup d’entreprises abordent encore l’IA comme elles ont abordé Internet à ses débuts : un outil à ajouter, un canal à tester, une couche technologique supplémentaire. Mais les vraies ruptures ne se limitent jamais aux outils. Elles finissent toujours par modifier l’architecture même de l’entreprise.

Internet n’a pas seulement créé des sites web. Il a transformé la relation client, la distribution, la communication, les opérations, les modèles économiques. L’IA suivra probablement le même chemin, mais sur une couche encore plus profonde : celle du travail intellectuel lui-même.

Un troisième chapitre s’ouvre : l’entreprise AI-native

Pour mon entreprise, le véritable enjeu n’est donc plus simplement d’utiliser davantage l’IA, mais de repenser l’entreprise autour de l’IA.

En intégrant l’IA au cœur des processus de production, nous voyons apparaître une nouvelle chaîne de production, non plus pour fabriquer des objets, mais pour produire du raisonnement, du code, de la documentation, des analyses, des scénarios, des décisions préparées.

La bascule est majeure. L’humain n’est plus seulement celui qui produit chaque livrable de manière directe. Il devient aussi celui qui conçoit, cadre, orchestre, contrôle et améliore cette chaîne de production intellectuelle.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette chaîne reste le reflet de sa pensée, de son expérience et de son exigence. Mais son rôle se déplace. Il ne fait plus tout lui-même. Il guide, corrige, arbitre, vérifie, enrichit. C’est une vraie transformation du travail.

  • La machine à vapeur a transformé le travail manuel. 
  • Internet a transformé l’accès à l’information, aux services et aux marché/
  • L’intelligence artificielle commence, elle, à transformer le travail intellectuel lui-même.

Une entreprise AI-native, ce n’est donc pas une entreprise qui ajoute quelques outils intelligents à ses anciennes méthodes. C’est une entreprise qui repense son moteur interne.

Ce n’est pas un simple ajustement. C’est une remise en question du modèle.

Redevenir entrepreneur

Repenser son modèle d’entreprise, c’est un vrai challenge. Mais c’est aussi une nouvelle source d’énergie.

Parce qu’au fond, la vie d’un entrepreneur ne se résume pas à des bilans, des chiffres, des années d’existence ou des réussites passées. Elle se joue aussi dans ces moments où un nouveau terrain de jeu apparaît et vous oblige à sortir de vos certitudes.

Internet a été ce terrain de jeu pour moi en 1996. L’IA le devient aujourd’hui.

Est-ce plus fort qu’Internet ? Je ne sais pas encore. Mais c’est probablement plus profond dans ce que cela touche : notre manière de penser, de produire, de décider, d’organiser le travail et de créer de la valeur.

Oui, cela peut faire peur, parce que cela oblige à remettre en question une partie de ce que l’on a construit. Mais c’est aussi incroyablement passionnant.

Mon entreprise a 30 ans dans le digital. Paradoxalement, je n’ai jamais autant ressenti le besoin de redevenir entrepreneur.